LogiMAT 2026 : Pourquoi le retour de la production en Europe se décidera dans les entrepôts
L’ère de la dépendance à l’égard de l’Extrême-Orient touche à sa fin. Ce qui fut longtemps considéré comme une loi immuable de la mondialisation – production en Chine, perçue comme l’eldorado de la rentabilité – se transforme en une réalité amère d’ici 2026 : les tensions géopolitiques, l’érosion de la confiance et l’explosion des risques poussent les entreprises européennes à un revirement radical. Dès aujourd’hui, seuls 12 % des entreprises expriment un optimisme concernant leur activité en Chine, marquant le début de l’« exode chinois ». Ce phénomène, déjà bien amorcé, n’est plus une simple prédiction.
Cependant, la tendance à la relocalisation de proximité – le retour de la production en Europe, principalement dans des régions en pleine croissance comme la Pologne ou le Portugal – comporte des risques sous-estimés. Les entreprises qui envisagent de délocaliser sans renouveler leurs infrastructures logistiques s’exposent à des échecs coûteux. Revenir en Europe signifie réduire les distances de transport, mais également renoncer au principe du « juste-à-temps ». Dans un monde instable, l’entreposage, autrefois perçu comme un mal nécessaire, devient un véritable atout stratégique.
C’est dans ce contexte que se dessine le débat central de LogiMAT 2026 : la relocalisation ne peut être pérenne que si elle repose sur une automatisation poussée, des processus alimentés par l’IA et une robotique flexible. Face à des salaires élevés et à une pénurie croissante de main-d’œuvre qualifiée dans les pays européens, le travail manuel en entrepôt devient obsolète. Les entreprises désireuses de ne pas se laisser distancer doivent impérativement intégrer des technologies telles que le jumeau numérique, les robots mobiles autonomes (RMA), et des systèmes intelligents de gestion d’entrepôt dans leur nouvelle stratégie européenne. Dans cet article, nous analyserons pourquoi la transformation technologique de l’intralogistique est indissociable du réalignement géographique et comment les entreprises peuvent atteindre cet équilibre.
Pourquoi les entreprises européennes délocalisent-elles actuellement leur production hors de Chine ?
La dépendance aux sites de production chinois s’essouffle. Un changement stratégique fondamental est en cours : 73 % des entreprises opérant en Chine notent une dégradation continue de leur environnement commercial, un chiffre alarmant pour le quatrième mois consécutif. La confiance dans la croissance des profits en Chine s’est effondrée, ne laissant que 12 % des entreprises optimistes quant à l’avenir d’ici 2026.
Ces changements se traduisent par des actions concrètes. Environ 17 % des entreprises ont déjà abandonné leurs projets en Chine, et 16 % envisagent de telles mesures. Le premier semestre a vu des sorties nettes d’investissements directs étrangers atteindre 4,3 milliards de dollars. Les raisons de ce basculement sont multiples : tensions géopolitiques, influence politique accrue sur les décisions économiques, conflits commerciaux avec les États-Unis et l’Europe, et la montée en puissance de la concurrence chinoise dans les technologies innovantes telles que la mobilité électrique et l’intelligence artificielle. Ce qui était autrefois perçu comme un eldorado devance désormais les risques élevés.
Pour les entreprises allemandes, la dépendance vis-à-vis du marché chinois constitue un risque majeur. Près de la moitié des entreprises manufacturières s’approvisionnent, directement ou indirectement, en produits intermédiaires clés en Chine. Avec un quasi-monopole sur les terres rares, la Chine constitue un pivot critique pour les technologies de pointe. Les récentes restrictions à l’exportation de semi-conducteurs et de matières premières exacerbent les vulnérabilités de ces entreprises, en augmentant les risques d’approvisionnement.
Où les entreprises investissent-elles en revanche – et pourquoi précisément en Europe ?
Fait notable : pour la première fois, les entreprises ne se dirigent plus principalement vers d’autres marchés asiatiques ou le Mexique pour leur relocalisation, mais choisissent l’Europe. La part des entreprises investissant dans la relocalisation de proximité a bondi de 42 % en 2024 à 56 % en 2025. Des géants tels que Microsoft, Volvo, Sanofi, et d’autres prévoient des investissements massifs pour accroître leurs capacités de production en Europe.
L’Europe émerge ainsi comme la destination privilégiée de ces réinvestissements, marquant une rupture nette avec les tendances antérieures. Ce phénomène de relocalisation est motivé par un besoin crucial de prévisibilité. Les conditions juridiques favorables au sein de l’UE, les fuseaux horaires similaires, et la proximité géographique avec le marché national facilitent les trajets, la communication, ainsi qu’un suivi précis des processus de production.
Dans ce contexte, les pays d’Europe centrale et orientale deviennent des destinations de choix pour les relocalisations. La Pologne, par exemple, s’est transformée en véritable plaque tournante, attirant environ 2 000 centres de services et employant près d’un demi-million de personnes. Avec l’une des croissances du PIB les plus rapides au monde, la Pologne devrait se maintenir au-dessus de la moyenne de l’UE d’ici 2025. La République tchèque, la Slovaquie, la Hongrie et la Roumanie renforcent également leur position en tant que sites de production stratégiques.
Le Portugal, quant à lui, se distingue comme un pôle d’excellence pour le nearshoring dans la région EMEA. Ses coûts d’exploitation inférieurs de 30 à 40 % par rapport à la France ou au Royaume-Uni, ajoutés à des prévisions de croissance du PIB à 1,9 % en 2025 et 2,1 % en 2026, en font une option attrayante pour les entreprises cherchant à réduire les risques associés à la délocalisation en Asie.
Quels sont les avantages spécifiques de la production de proximité par rapport à la production en Extrême-Orient ?
La relocalisation de la production offre de nombreux avantages, notamment des délais de transport considérablement réduits, passant de plusieurs semaines à quelques jours. Un équipementier automobile, par exemple, a réussi à réduire ses coûts de transport de 40 % en rapatriant sa production de composants électroniques de Chine en Pologne. Cette réactivité confère un avantage décisif dans des marchés où la demande évolue rapidement.
La simplification des chaînes d’approvisionnement repose sur une réduction des risques significative. Les grandes entreprises subissent en moyenne des pertes conséquentes en raison de perturbations dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. En Europe, les perturbations potentielles pourraient atteindre 920 milliards d’euros d’ici 2023, soit 7,7 % du PIB de la zone euro. Le retour à des circuits d’approvisionnement locaux permet de minimiser ces risques.
De plus, le contrôle opérationnel et la garantie qualité s’en trouvent grandement facilités. La proximité géographique rend possible des visites plus fréquentes sur site et améliore les collaborations grâce à des fuseaux horaires similaires. Elle renforce également la qualité des produits en permettant une gestion de la production plus étroite et une réduction des erreurs.
Enfin, la relocalisation contribue à une empreinte écologique réduite. Des transports plus courts génèrent moins d’émissions de CO₂, ce qui est crucial pour les entreprises visant des opérations neutres en carbone d’ici 2030.
Pourquoi le nearshoring échoue-t-il sans technologies d’entrepôt modernes ?
La relocalisation ne résout que partiellement le défi stratégique des entreprises; la modernisation des systèmes d’entreposage et d’intralogistique est également primordiale. Le nearshoring exige des délais de réponse rapides et des processus d’une flexibilité accrue. Ces exigences ne peuvent être satisfaites par des technologies d’entreposage obsolètes.
Les entreprises ayant adopté le nearshoring doivent donc implémenter des systèmes flexibles, évolutifs et performants pour répondre tant aux besoins locaux qu’internationaux. Si les chaînes d’approvisionnement se raccourcissent, elles doivent également être en mesure de s’adapter rapidement aux fluctuations de la demande tout en maintenant une précision de gestion des stocks.
La pandémie de COVID-19, suivie par des bouleversements géopolitiques, a révélé la nécessité d’un changement rapide dans les stratégies de gestion des stocks, incitant à passer d’une logique d’approvisionnement juste-à-temps à un système reposant sur des stocks de sécurité stratégiques.
Quelles technologies de stockage sont particulièrement adaptées aux stratégies de nearshoring ?
Dans un contexte de relocalisation, des systèmes d’entrepôt modulaires et évolutifs se révèlent particulièrement adaptés. Les systèmes automatisés de stockage et de récupération (AS/RS) présentent des avantages en matière de densité de stockage et de rapidité de traitement des commandes. Grâce à des robots et des convoyeurs automatisés, la gestion des stocks s’optimise.
Les systèmes de navettes multidirectionnelles, de plus en plus utilisés, permettent une manutention flexible et efficace. Ces technologies optimisent l’utilisation de l’espace et augmentent les manutentions de palettes de manière significative.
Les robots mobiles autonomes (RMA) changent également la donne dans le domaine de l’intralogistique, offrant une flexibilité qui n’existe pas avec les systèmes traditionnels de véhicules à guidage automatique. Ces RMA peuvent ajuster leurs trajets en temps réel, s’adaptant aux environnements changeants.
Pour la préparation de commandes, les entrepôts modernes s’appuient sur des systèmes de manutention automatisée, associés à des technologies vocales ou lumineuses, permettant d’accroître la productivité tout en réduisant les erreurs.
En quoi les systèmes de stockage modernes diffèrent-ils technologiquement des systèmes traditionnels ?
La principale différence réside dans le degré de numérisation et de mise en réseau. Les systèmes d’entrepôt modernes s’intègrent au réseau numérique de l’entreprise, interagissant avec les systèmes ERP, le contrôle de production, et la gestion des transports. Cette intégration bidirectionnelle garantit une mise à jour constante des écosystèmes.
Le jumeau numérique constitue également un changement majeur dans la planification et l’optimisation des entrepôts. Cette technologie modélise virtuellement les systèmes et permet de simuler et d’optimiser avant même la mise en œuvre physique.
L’utilisation de l’Internet des objets (IoT) et de l’intelligence artificielle permet une maintenance prédictive, optimisant ainsi la gestion des stocks et les processus en temps réel. Ces systèmes intelligents ouvrent la voie à l’Industrie 4.0 et au futur de la production.



